La prime de partage de la valeur (PPV) permet à tout employeur de verser jusqu’à 3 000 € par salarié, exonérés de cotisations sociales — montant porté à 6 000 € si l’entreprise dispose d’un accord d’intéressement ou de participation. Pour les entreprises de moins de 50 salariés, les bénéficiaires gagnant moins de trois fois le SMIC sont également exonérés d’impôt sur le revenu, mais uniquement jusqu’au 31 décembre 2026.
La PPV, héritière de la prime Macron : comment ce dispositif s’est imposé
La prime de partage de la valeur n’est pas née d’une réflexion solitaire du législateur. Elle est le prolongement direct de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (PEPA), introduite dans l’urgence de la crise sanitaire de 2020, rapidement surnommée « prime Macron ». Plafonnée à 1 000 € à ses débuts, cette mesure conjoncturelle devait, dans l’esprit initial, rester temporaire.
La loi du 16 août 2022 (n° 2022-1158) l’a définitivement institutionnalisée sous l’appellation de prime de partage de la valeur, en triplant d’emblée le plafond d’exonération à 3 000 €. La loi du 29 novembre 2023 (n° 2023-1107), qui transcrit l’accord national interprofessionnel sur le partage de la valeur, a ensuite affiné le dispositif en introduisant notamment la possibilité pour les salariés d’affecter leur prime à un plan d’épargne salariale. En quelques années, ce qui ressemblait à une rustine fiscale est devenu un outil de politique salariale à part entière.
Les plafonds d’exonération de la prime de partage de la valeur en 2026
Le principe est simple : la PPV bénéficie d’une exonération totale de cotisations sociales dans la limite de certains plafonds annuels, par salarié et par entreprise.
- 3 000 € de plafond de base, applicable à toutes les entreprises quelle que soit leur taille, dès lors qu’elles n’ont pas conclu d’accord d’intéressement ou de participation.
- 6 000 € de plafond majoré, accessible aux employeurs qui ont mis en place un accord d’intéressement ou de participation, soit à la date du versement, soit au cours du même exercice fiscal.
Il est tout à fait possible de verser une prime supérieure à ces plafonds — la loi ne l’interdit pas. Mais la fraction excédentaire perd alors le bénéfice de toutes les exonérations et devient pleinement soumise aux cotisations sociales, à la CSG, à la CRDS et à l’impôt sur le revenu. Dans la majorité des cas, l’intérêt économique s’arrête aux seuils légaux.
L’exonération d’impôt sur le revenu suit une logique différente et plus restrictive : elle est réservée aux salariés dont la rémunération est inférieure à trois fois le SMIC sur les douze mois précédant le versement, et uniquement dans les entreprises de moins de 50 salariés. Cette exonération est, au surplus, temporaire : elle expire le 31 décembre 2026. À compter du 1er janvier 2027, la PPV sera intégralement soumise à l’impôt sur le revenu, quelle que soit la taille de l’entreprise ou le niveau de salaire du bénéficiaire.

Qui peut bénéficier de la prime de partage de la valeur ?
Tous les salariés liés à l’employeur par un contrat de travail sont éligibles : CDI, CDD, apprentis, salariés à temps partiel. Les intérimaires peuvent également en bénéficier, à condition que l’entreprise utilisatrice verse simultanément la prime à ses propres salariés. En revanche, les stagiaires, les mandataires sociaux sans contrat de travail et les agents titulaires de la fonction publique sont exclus du dispositif.
L’employeur est libre de moduler le montant de la prime selon des critères explicitement autorisés par la loi : ancienneté, classification, rémunération, durée de présence effective dans l’entreprise au cours de l’année précédente, ou durée contractuelle du travail pour les temps partiels. Ces critères peuvent être combinés. Ce qui est en revanche interdit : exclure les salariés les moins rémunérés de la prime, ou la conditionner à des objectifs individuels de performance.
En l’absence de toute modulation spécifiée dans l’accord ou la décision de mise en place, tous les salariés concernés reçoivent un montant identique.
Comment mettre en place la PPV dans votre entreprise
La prime de partage de la valeur peut être instaurée selon deux voies :
- Un accord collectif négocié au niveau de l’entreprise ou du groupe, déposé auprès de la DDETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités) via la plateforme TéléAccords. Les règles de conclusion sont identiques à celles d’un accord d’intéressement.
- Une décision unilatérale de l’employeur (DUE), après information et consultation du Comité social et économique (CSE) lorsqu’il existe. Dans les entreprises de moins de 11 salariés ou dépourvues de CSE, l’employeur peut procéder par tout moyen permettant d’informer les salariés.
Quel que soit le mode retenu, le document doit préciser le montant de la prime (ou les critères de modulation), la population éligible, les modalités de versement, et le cas échéant la possibilité d’affecter la prime à un plan d’épargne salariale.
La prime peut être versée en une ou deux fois dans l’année civile. Au-delà de deux versements, les sommes distribuées perdent le bénéfice des exonérations.
Ce qui change en 2026 : épargne salariale et intégration dans la réduction Fillon
Depuis la loi du 29 novembre 2023, les salariés ont la possibilité d’affecter tout ou partie de leur PPV à un plan d’épargne salariale (PEE, PERCO, PERECO) plutôt que de la percevoir en numéraire. Cette option présente un avantage fiscal notable : les sommes ainsi affectées échappent à l’impôt sur le revenu, y compris pour les salariés dont la rémunération dépasse trois fois le SMIC — catégorie normalement exclue de l’exonération fiscale.
Un autre changement, moins favorable celui-là, est entré en vigueur avec la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 : la PPV est désormais intégrée dans l’assiette de calcul de la réduction générale des cotisations patronales, dite réduction Fillon. Concrètement, chaque euro de PPV peut réduire mécaniquement le montant des allégements de charges dont bénéficie l’employeur pour les rémunérations situées entre une et 1,6 fois le SMIC. Les entreprises qui emploient une part importante de salariés au voisinage du SMIC ont donc intérêt à mesurer précisément cet effet avant de décider du montant à distribuer.
Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés ayant réalisé un bénéfice net fiscal représentant au moins 1 % de leur chiffre d’affaires pendant trois exercices consécutifs sont tenues de mettre en place au moins un mécanisme de partage de la valeur. La PPV constitue l’une des quatre options possibles pour satisfaire à cette obligation, aux côtés de l’intéressement, de la participation volontaire et de l’abondement à un plan d’épargne salariale. Cette expérimentation est prévue jusqu’au 29 novembre 2028.
PPV, intéressement et participation : les différences à connaître
Les trois dispositifs coexistent, mais ils répondent à des logiques distinctes. La participation est obligatoire dans les entreprises de 50 salariés et plus : elle s’applique selon une formule légale qui distribue une fraction du bénéfice net comptable, avec un plafond individuel fixé à 75 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. L’intéressement, facultatif pour toutes les entreprises, lie les sommes versées à la performance collective (résultats, objectifs définis par accord) : plus souple dans sa conception, il exige en revanche un accord formel et des indicateurs de mesure transparents. La PPV, enfin, est la plus immédiate : elle ne repose ni sur une formule de calcul ni sur des résultats à atteindre, et peut être versée par simple décision unilatérale. C’est aussi le dispositif dont le régime fiscal le plus favorable est le plus étroitement borné dans le temps.
Pour les DRH et les dirigeants de PME, le choix entre ces trois outils n’est pas neutre : la PPV est la plus réactive mais la plus temporaire dans ses avantages fiscaux ; l’intéressement est plus exigeant à construire mais crée un lien durable entre performance et rémunération ; la participation, lorsqu’elle s’applique, est incontournable. Les trois peuvent se combiner — et l’accès au plafond majoré de 6 000 € de la PPV incite d’ailleurs à associer prime et accord d’intéressement.
Questions fréquentes sur la prime de partage de la valeur
Quel est le montant maximum de la prime de partage de la valeur en 2026 ?
Le plafond de la PPV est fixé à 3 000 € par salarié et par an pour toutes les entreprises. Ce plafond est porté à 6 000 € lorsque l’employeur dispose d’un accord d’intéressement ou de participation en vigueur, soit à la date du versement, soit au cours du même exercice fiscal.
La prime de partage de la valeur est-elle imposable ?
La PPV est exonérée d’impôt sur le revenu uniquement pour les salariés dont la rémunération est inférieure à trois fois le SMIC, et uniquement dans les entreprises de moins de 50 salariés. Cette exonération expire le 31 décembre 2026. À partir du 1er janvier 2027, la PPV sera soumise à l’impôt sur le revenu pour tous les salariés, quelle que soit la taille de l’entreprise.
Qui peut bénéficier de la prime de partage de la valeur ?
Tous les salariés liés à l’employeur par un contrat de travail sont éligibles : CDI, CDD, apprentis et salariés à temps partiel. Les intérimaires peuvent également en bénéficier si l’entreprise utilisatrice verse simultanément la prime à ses propres salariés. En revanche, les stagiaires, les mandataires sociaux sans contrat de travail et les agents de la fonction publique sont exclus.
La PPV est-elle obligatoire pour l’employeur ?
La PPV n’est pas obligatoire en général. Toutefois, depuis le 1er janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés ayant réalisé un bénéfice net fiscal d’au moins 1 % de leur chiffre d’affaires pendant trois exercices consécutifs sont tenues de mettre en place au moins un mécanisme de partage de la valeur. La PPV constitue l’une des quatre options possibles pour satisfaire à cette obligation.
Combien de fois peut-on verser la prime de partage de la valeur dans l’année ?
La PPV peut être versée en une ou deux fois dans la même année civile. Au-delà de deux versements, les sommes distribuées perdent le bénéfice des exonérations de cotisations sociales.
Peut-on affecter la PPV à un plan d’épargne salariale ?
Oui. Depuis la loi du 29 novembre 2023, les salariés peuvent choisir d’affecter tout ou partie de leur PPV à un plan d’épargne salariale (PEE, PERCO ou PERECO) plutôt que de la percevoir en numéraire. Les sommes ainsi affectées échappent à l’impôt sur le revenu, y compris pour les salariés dont la rémunération dépasse trois fois le SMIC.