L’essentiel à retenir

Cinq dispositifs permettent de partir à la retraite avant l’âge légal : la carrière longue (dès 58 ans), l’inaptitude au travail (62 ans), le handicap (dès 55 ans), le compte professionnel de prévention (jusqu’à 2 ans plus tôt) et l’incapacité permanente (dès 60 ans). Aucun n’est attribué d’office : la Cnav écrit noir sur blanc que l’étude préalable des droits « n’est pas obligatoire ». Attention également au 1er septembre 2026 : deux calendriers d’âge légal coexistent, et deux personnes nées la même année peuvent partir à des âges différents selon le mois de leur départ.

 

Personne n’a l’obligation de vérifier si vous pouvez partir plus tôt. Ce n’est pas une formule : c’est écrit dans les circulaires que reçoivent les caisses. Dans sa circulaire n° 2026-17 du 12 juin 2026 sur la carrière longue, la Cnav précise que « la phase d’étude préalable n’est pas obligatoire pour traiter la demande », au motif que « cette étape n’est pas prévue par les textes ». La circulaire n° 2026-18 du 15 juin 2026, consacrée aux assurés handicapés, dit exactement la même chose. Autrement dit : le droit existe, mais c’est à l’assuré de le réclamer.

Or il existe cinq dispositifs qui autorisent un départ avant l’âge légal, parfois dès 55 ans. Les voici, un par un, avec les conditions exactes issues des textes en vigueur en août 2026 — et la question à se poser pour chacun.

Cette synthèse s’appuie notamment sur la vidéo de la chaîne La Bonne Retraite (août 2026), dont nous avons revérifié chaque règle auprès des sources officielles.

Le piège du 1er septembre 2026 : deux calendriers pour une même génération

L’âge légal de départ est fixé à 64 ans. Mais pour les générations nées dans les années 1960, dites « générations charnières », il se situe entre 62 et 64 ans selon l’année de naissance. Et depuis quelques mois, une difficulté supplémentaire s’est ajoutée.

Ce qu’a changé la suspension de la réforme

L’article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 a suspendu la montée en charge de la réforme de 2023. Deux décrets d’application, les n° 2026-344 et n° 2026-345 du 7 mai 2026, en ont fixé les modalités. Résultat : les âges de départ reculent moins vite que prévu, et la durée d’assurance exigée baisse pour certaines générations.

Le point à retenir, celui qui échappe à presque tout le monde : ce nouveau calendrier ne s’applique qu’aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Une pension qui démarre le 1er août 2026 relève de l’ancien barème ; la même pension décalée d’un mois relève du nouveau. Deux personnes nées la même année peuvent donc avoir deux âges de départ différents, uniquement en fonction du mois choisi.

Année de naissance Âge légal (départ avant le 1er sept. 2026) Âge légal (départ à compter du 1er sept. 2026) Trimestres exigés (avant) Trimestres exigés (après)
1964 63 ans 62 ans et 9 mois 171 170
1965 (janvier à mars) 63 ans et 3 mois 62 ans et 9 mois 172 170
1965 (avril à décembre) 63 ans et 3 mois 63 ans 172 171
1966 63 ans et 6 mois 63 ans et 3 mois 172 172
1967 63 ans et 9 mois 63 ans et 6 mois 172 172
1968 64 ans 63 ans et 9 mois 172 172
1969 et après 64 ans 64 ans 172 172

La conséquence la plus commentée : ce sont désormais les personnes nées en 1969 qui seront les premières à devoir attendre 64 ans, et non plus celles nées en 1968. Les générations 1964 à 1968 gagnent de trois à six mois ; les générations 1964 et 1965 doivent en outre valider un à deux trimestres de moins. Pour les assurés nés avant septembre 1961, la question ne se pose plus : l’âge légal est déjà atteint.

Dispositif 1 — la carrière longue : partir dès 58 ans

C’est le dispositif le plus connu et le plus utilisé. Le principe tient en une phrase : plus vous avez commencé tôt, plus vous pouvez partir tôt. Depuis la réforme de 2023, quatre bornes d’âge de début d’activité coexistent — avant 16 ans, avant 18 ans, avant 20 ans et avant 21 ans — et chacune ouvre un âge de départ distinct.

La condition d’entrée : cinq trimestres, parfois quatre

Commencer tôt ne suffit pas. Il faut avoir validé 5 trimestres avant la fin de l’année civile de votre 16e, 18e, 20e ou 21e anniversaire, selon la borne visée. Les personnes nées au cours du dernier trimestre de l’année (octobre à décembre) n’ont besoin que de 4 trimestres. C’est sur ce détail que beaucoup de dossiers se jouent, parfois pour un job d’été manquant au relevé de carrière.

Seconde condition : justifier de la durée d’assurance cotisée correspondant au taux plein pour votre génération, tous régimes de base confondus.

Les âges de départ, génération par génération

Le tableau ci-dessous reprend l’annexe 2 de la circulaire Cnav n° 2026-17, applicable aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026.

Génération Début avant 16 ans Début avant 18 ans Début avant 20 ans Début avant 21 ans Durée cotisée exigée
1963 (septembre à décembre) 60 ans et 3 mois 170
1964 60 ans et 6 mois 170
1965 (janvier à mars) 60 ans et 9 mois 170
1965 (avril à novembre) 60 ans et 9 mois 171
1965 (décembre) 60 ans et 8 mois 171
1966 60 ans 60 ans et 9 mois 63 ans 172
1967 58 ans 60 ans 61 ans 63 ans 172
1968 58 ans 60 ans 61 ans et 3 mois 63 ans 172
1969 58 ans 60 ans 61 ans et 6 mois 63 ans 172
1970 58 ans 60 ans 61 ans et 9 mois 63 ans 172
1971 et après 58 ans 60 ans 62 ans 63 ans 172

Les cases vides correspondent aux bornes qui n’ouvrent plus de droit utile pour la génération concernée : l’âge de départ anticipé serait postérieur à l’âge légal, ou le droit était déjà ouvert avant le 1er septembre 2026.

Concrètement, une personne née en 1971 qui a commencé à travailler à 19 ans et réunit ses 172 trimestres cotisés part à 62 ans au lieu de 64. Deux ans gagnés, simplement pour avoir commencé avant 20 ans.

La décote est impossible en carrière longue

Une confusion revient sans cesse : le départ en carrière longue entraînerait-il une décote ? Non, jamais. Et pour une raison mécanique : la durée cotisée exigée est précisément celle du taux plein. S’il vous manque des trimestres, le droit n’est pas ouvert — vous ne partez pas en carrière longue du tout. Il n’y a donc aucune situation dans laquelle une carrière longue serait amputée d’une pénalité.

La question à se poser : ai-je commencé à travailler avant mes 21 ans ?

Dispositif 2 — l’inaptitude au travail : 62 ans, un âge qui ne bouge pas

Créée par l’article 11 de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 et codifiée à l’article L. 351-1-5 du code de la sécurité sociale, la retraite anticipée pour inaptitude au travail permet un départ à 62 ans, au taux plein, sans condition de durée d’assurance.

Sa particularité mérite d’être soulignée : 62 ans est un âge fixe inscrit dans le texte, indépendant du calendrier de relèvement de l’âge légal. Plus l’âge légal recule, plus ce dispositif fait gagner de temps. Pour la génération 1969, il représente déjà deux années.

La condition : une capacité de travail réduite d’au moins 50 %

L’assuré doit être médicalement reconnu — ou présumé — inapte au travail, avec une incapacité de travail d’au moins 50 %. L’origine du problème de santé est indifférente : il peut être lié au travail ou pas du tout. C’est le médecin-conseil de la caisse de retraite qui décide, sur la base d’un rapport médical.

Attention à ne pas confondre avec l’inaptitude prononcée par le médecin du travail, qui relève d’une tout autre logique — celle de l’aptitude au poste, et non de la capacité générale de travail. Un avis d’inaptitude du médecin du travail n’ouvre pas automatiquement ce droit à la retraite ; il conduit d’abord à une obligation de reclassement, puis éventuellement à un licenciement pour inaptitude, ce qui est un tout autre sujet.

La porte d’entrée automatique que peu de gens connaissent

Certaines situations valent reconnaissance d’office, sans contrôle médical supplémentaire :

  • les titulaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ;
  • les détenteurs d’une carte d’invalidité (ou carte mobilité inclusion mention invalidité) attestant d’une incapacité permanente d’au moins 80 % ;
  • les personnes justifiant d’un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % reconnu avant l’âge légal ;
  • les titulaires d’une pension d’invalidité, dont la pension bascule automatiquement en retraite pour inaptitude.

La question à se poser : mon état de santé limite-t-il aujourd’hui, durablement, ma capacité à travailler ?

Dispositif 3 — le handicap : dès 55 ans, avec une majoration ignorée

La retraite anticipée des assurés handicapés est le dispositif qui descend le plus bas dans l’échelle des âges : 55 ans. Elle suppose un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 %, un handicap de niveau comparable, ou la qualité de travailleur handicapé au sens de l’article L. 5213-1 du code du travail.

Le vrai obstacle : la concomitance

Le piège n’est pas le taux, c’est la durée. Il faut justifier de la situation de handicap pendant toute la durée d’assurance cotisée exigée, et non seulement en fin de parcours. C’est ce qui disqualifie le plus grand nombre de candidats.

Voici les conditions applicables aux départs prenant effet à compter du 1er septembre 2026, telles que fixées à l’annexe 3 de la circulaire Cnav n° 2026-18.

Année de naissance Âge de départ possible Trimestres cotisés exigés
1961 (à compter du 1er sept.) à 1963 Sans objet — âge légal déjà atteint
1964 61 ans 69
1965 60 ans 69
1966 59 ans 69
1967 58 ans / 59 ans 80 / 70
1968 57 à 59 ans 90 / 80 / 70
1969 56 à 59 ans 100 / 90 / 80 / 70
1970 à 1972 55 ans à 59 ans 111 / 101 / 91 / 81 / 71
1973 et après 55 ans à 59 ans 112 / 102 / 92 / 82 / 72

Le recours quand les justificatifs manquent

Beaucoup de dossiers échouent parce que les attestations administratives des années 1990 ou 2000 ont disparu. Une soupape existe pourtant : une commission nationale peut valider rétroactivement des périodes de handicap dépourvues de justificatifs, dans la limite de 30 % de la durée d’assurance cotisée exigée. Pour un assuré né en 1971 visant un départ à 55 ans, cela représente jusqu’à 33 trimestres. Encore faut-il justifier d’une incapacité permanente d’au moins 50 % à la date de la demande.

La majoration de pension, spécifique à ce dispositif

C’est le seul des cinq dispositifs qui compense la proratisation de la pension. Un coefficient de majoration est appliqué, égal à un tiers du rapport entre la durée cotisée en situation de handicap et la durée d’assurance totale nécessaire pour une retraite entière.

L’exemple retenu par la Cnav elle-même : un assuré né en 1962 justifiant de 160 trimestres, dont 135 cotisés en étant handicapé, obtient un coefficient de 135/160 × 1/3 = 0,28, soit une pension majorée de 28 %. La majoration est plafonnée pour que la retraite ne dépasse pas le montant d’une retraite entière.

La question à se poser : mon handicap est-il reconnu depuis de longues années, et puis-je le prouver sur la durée ?

Dispositif 4 — le compte pénibilité : jusqu’à deux ans plus tôt

Le compte professionnel de prévention (C2P), héritier du compte pénibilité, est probablement le plus oublié des cinq. Il permet pourtant d’avancer un départ de deux ans au maximum.

Six facteurs de risque, quatre points par an

Six facteurs seulement sont pris en compte depuis 2017 : le travail de nuit, le travail en équipes successives alternantes, le travail répétitif, le bruit, les températures extrêmes et les activités en milieu hyperbare. Un salarié exposé une année civile complète acquiert 4 points par facteur ; trois facteurs simultanés valent donc 12 points par an.

La conversion est simple : 10 points financent un trimestre de majoration de durée d’assurance, dans la limite de 80 points, soit 8 trimestres. La demande de conversion est possible à partir de 55 ans, mais le départ effectif ne peut pas intervenir avant 60 ans.

Les 20 premiers points ne sont pas pour la retraite

Voici la règle qui fausse tous les calculs mentaux : les 20 premiers points inscrits sur le compte sont obligatoirement réservés à une action de formation ou de reconversion. Deux exceptions historiques subsistent : aucune réservation pour les assurés nés avant le 1er janvier 1960, et 10 points seulement pour ceux nés entre 1960 et 1962.

Prenons un exemple. Dix années de travail de nuit valent 40 points. Les 20 premiers partent en formation ; il en reste 20, soit deux trimestres. Le compteur monte plus lentement qu’on ne l’imagine.

L’avantage caché : des trimestres réputés cotisés sans plafond

C’est l’atout que presque personne ne mentionne. Pour l’ouverture du droit à la carrière longue, les périodes non cotisées ne comptent que dans des limites strictes : 4 trimestres pour le chômage, 4 pour la maladie et l’incapacité temporaire, 2 pour l’invalidité, 4 pour le service national. Or le dernier alinéa de l’article L. 351-6-1 du code de la sécurité sociale précise que l’ensemble des trimestres de majoration acquis au titre du C2P sont réputés cotisés pour l’examen des droits à la carrière longue — sans plafond spécifique, au-delà des 8 trimestres que le dispositif permet d’acquérir. Un salarié à qui il manque deux trimestres pour ouvrir une carrière longue a donc tout intérêt à vérifier son compte.

La réserve : le taux plein n’est pas garanti

Contrairement aux quatre autres dispositifs, le départ anticipé au titre du C2P n’ouvre pas automatiquement droit au taux plein. Si les trimestres manquent, la décote s’applique. Le C2P déplace la date de départ possible ; il ne neutralise pas la pénalité.

La question à se poser : ai-je déjà travaillé de nuit, en équipes alternantes, dans le bruit ou sous des températures extrêmes ?

Dispositif 5 — l’incapacité permanente : dès 60 ans

Dernier dispositif, et le plus souvent confondu avec l’inaptitude : la retraite anticipée pour incapacité permanente. Elle repose sur deux seuils.

  • Taux d’incapacité permanente d’au moins 20 % : départ possible dès 60 ans, sans autre condition.
  • Taux compris entre 10 et 19 % : départ possible deux ans avant l’âge légal, à condition d’avoir été exposé pendant 17 ans (68 trimestres) à des facteurs de risques professionnels et d’établir un lien entre l’incapacité et cette exposition. Une commission pluridisciplinaire examine le dossier.

Ce qui distingue radicalement ce dispositif de l’inaptitude : ici, le lien avec le travail est obligatoire. L’incapacité doit résulter d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle donnant lieu à une rente.

Le piège que beaucoup découvrent trop tard : un accident de trajet n’ouvre aucun droit à ce dispositif, quelle que soit la gravité des séquelles.

La question à se poser : est-ce que je perçois une rente à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ?

Tableau récapitulatif : les cinq portes de sortie avant l’âge légal

Dispositif Âge le plus bas Condition centrale Taux plein Lien avec le travail exigé
Carrière longue 58 ans Début d’activité avant 16, 18, 20 ou 21 ans + durée cotisée du taux plein Oui, par construction Non
Inaptitude au travail 62 ans (âge fixe) Capacité de travail réduite d’au moins 50 % Oui, sans condition de durée Non
Assurés handicapés 55 ans Taux d’IP ≥ 50 % ou RQTH, concomitant à la durée cotisée exigée Oui, + majoration de pension Non
Compte pénibilité (C2P) 60 ans (2 ans avant l’âge légal) Points acquis sur 6 facteurs de risque, 10 points = 1 trimestre Non — décote possible Oui (exposition)
Incapacité permanente 60 ans IP ≥ 20 %, ou 10-19 % avec 17 ans d’exposition Oui Oui — AT/MP obligatoire

Trois de ces cinq dispositifs tournent autour de la santé, un quatrième autour de la pénibilité du travail. Si un état de santé se dégrade, le premier réflexe utile n’est pas de consulter un simulateur en ligne : c’est de faire reconnaître administrativement la situation. Aucun simulateur ne raisonne sur une reconnaissance qui n’a pas encore été demandée.

Taux plein ne veut pas dire pension pleine

C’est le malentendu le plus coûteux, et celui qui produit le plus de déceptions le jour de la liquidation. Quatre des cinq dispositifs donnent le taux plein — le C2P excepté. Mais le taux plein ne fait qu’une chose : il supprime la décote. Il ne remplit pas la carrière.

La pension de base se calcule ainsi :

Pension = salaire annuel moyen × taux × (trimestres validés ÷ trimestres requis)

Le taux plein porte sur le deuxième terme — il le fixe à 50 % au régime général. Le troisième terme, lui, ne bouge pas : c’est le coefficient de proratisation, et il reste calculé sur les trimestres réellement acquis.

Prenons un cas illustratif. Un salarié né en 1971, dont le salaire annuel moyen s’établit à 30 000 €, part au taux plein avec 140 trimestres validés là où 172 sont requis pour sa génération. Sa pension de base annuelle sera de 30 000 × 50 % × 140/172, soit environ 12 210 € par an — près de 1 017 € par mois, contre 15 000 € annuels avec une carrière complète. Le taux est plein ; la carrière ne l’est pas.

C’est précisément la raison d’être de la majoration prévue par le dispositif handicap : elle est le seul mécanisme des cinq à corriger cette proratisation.

Ce que le service RH peut faire, et ce qu’il ne peut pas faire

Un employeur ne liquide pas une retraite et n’apprécie pas un droit à départ anticipé — c’est l’affaire exclusive des caisses. Il dispose pourtant de trois leviers qui pèsent lourd sur les droits de ses salariés.

La déclaration des expositions conditionne le C2P

Les points de pénibilité ne se créditent pas tout seuls : ils découlent de la déclaration des expositions par l’employeur en DSN. Une exposition non déclarée est une exposition qui n’existe pas pour la caisse. Sur dix ans de travail de nuit, l’écart entre une déclaration rigoureuse et une déclaration approximative peut représenter deux trimestres, donc six mois de départ anticipé.

L’entretien professionnel est le bon moment pour poser la question

L’entretien professionnel obligatoire et, plus largement, les dispositifs de gestion des fins de carrière offrent un cadre légitime pour aborder le sujet — sans jamais présumer de la date de départ d’un salarié, ce qui serait discriminatoire. Un salarié qui découvre à 63 ans qu’il aurait pu partir à 61 ans a perdu deux années que rien ne rattrapera.

Anticiper les départs, c’est aussi piloter la pyramide des âges

Cinq dispositifs de départ anticipé, cela signifie qu’une part non négligeable des effectifs seniors peut partir plus tôt que ne le suggère la lecture mécanique du calendrier légal. Un travail d’index seniors ou de GPEC construit sur l’hypothèse « tout le monde part à 64 ans » est un travail construit sur du sable.

Les trois réflexes à recommander à un salarié qui pose la question

  1. Demander une attestation à sa caisse. Pour le handicap comme pour la carrière longue, l’assuré peut solliciter une étude préalable et obtenir une attestation écrite indiquant si le droit est ouvert, et à partir de quelle date. C’est gratuit, et cela évite de bâtir un projet de vie sur une supposition. Rappel utile : cette étude n’étant pas prévue par les textes, la caisse n’est pas tenue de la conduire spontanément — il faut la demander.
  2. Activer son compte sur le site du compte professionnel de prévention. L’opération prend quelques minutes. Même un compteur à zéro est une information.
  3. Vérifier son relevé de carrière. Les cinq dispositifs reposent tous sur des trimestres. Un trimestre d’apprentissage ou un job d’été manquant peut faire basculer une borne d’âge de début d’activité.

Un point mérite d’être martelé : tout cela se joue des années à l’avance. Une carrière longue ne se découvre pas à 63 ans, un trimestre manquant ne se régularise pas six mois avant le départ, et une reconnaissance d’incapacité ne s’obtient pas la veille du dépôt du dossier.

Questions fréquentes sur la retraite anticipée en 2026

Peut-on cumuler plusieurs dispositifs de départ anticipé ?

Les dispositifs ne s’additionnent pas librement. Les trimestres acquis avec le C2P peuvent en revanche contribuer à ouvrir un droit à carrière longue, dans la limite d’un départ deux ans avant l’âge légal.

Un accident de trajet permet-il de partir plus tôt ?

Non, pas au titre de la retraite anticipée pour incapacité permanente : les textes excluent explicitement les incapacités résultant d’un accident de trajet. Si l’état de santé le justifie par ailleurs, la retraite pour inaptitude au travail à 62 ans reste une voie ouverte, elle n’exige aucun lien avec le travail.

L’avis d’inaptitude du médecin du travail suffit-il ?

Non. La reconnaissance d’inaptitude au sens de la retraite relève du médecin-conseil de la caisse de retraite, sur la base d’un rapport médical préparé par le médecin traitant. Ce sont deux procédures distinctes, avec des finalités différentes.

Faut-il partir avant ou après le 1er septembre 2026 ?

Pour les générations 1964 à 1968, le nouveau calendrier est plus favorable : il abaisse l’âge légal de trois à six mois, et réduit d’un à deux trimestres la durée exigée pour les générations 1964 et 1965. Un départ programmé fin août 2026 relèverait de l’ancien barème. La comparaison mérite d’être faite au cas par cas avec la caisse, en tenant compte du montant de la pension et pas seulement de la date.

Un salarié né en 1969 est-il perdant ?

Il n’est ni gagnant ni perdant : ses paramètres restent ceux de la réforme de 2023, soit 64 ans et 172 trimestres. La suspension ne lui retire rien, mais elle fait de sa génération la première à devoir attendre 64 ans.

La retraite pour inaptitude est-elle réservée aux maladies professionnelles ?

Non. L’origine du problème de santé est sans incidence : la maladie peut être totalement étrangère au travail. C’est justement ce qui la distingue de la retraite pour incapacité permanente, laquelle exige un accident du travail ou une maladie professionnelle indemnisée par une rente.

Sources

  • Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, article 105
  • Décrets n° 2026-344 et n° 2026-345 du 7 mai 2026
  • Circulaire Cnav n° 2026-17 du 12 juin 2026 — retraite anticipée pour carrière longue à compter du 1er septembre 2026
  • Circulaire Cnav n° 2026-18 du 15 juin 2026 — retraite anticipée au profit des assurés handicapés à compter du 1er septembre 2026
  • Code de la sécurité sociale : articles L. 351-1-1, L. 351-1-3, L. 351-1-5, L. 351-6-1, D. 351-1-1, D. 351-1-2, D. 351-1-5, D. 351-1-6
  • Service-public.fr — fiches F13845 (carrière longue), F15504 (compte professionnel de prévention), F16337 (incapacité permanente et inaptitude) ; actualité A18825 (suspension de la réforme)
  • compteprofessionnelprevention.fr — utilisation des points pour la retraite

Informations à jour en août 2026. Cet article présente des règles générales et ne se substitue pas à l’étude de votre situation personnelle par votre caisse de retraite.

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