En France, en 2022, certains secteurs semblent avoir du mal à recruter. On évoque souvent la restauration ou le bâtiment mais ce ne sont pas les seuls secteurs concernés (on peut aussi évoquer la difficulté de l’éducation nationale à recruter de nouveaux profs, les difficultés éprouvées par les hôpitaux pour recruter du personnel soignant…).

Face à cela, je vois des patrons qui se bougent, qui font preuve de créativité, qui tentent de proposer encore et toujours de meilleures conditions de travail pour attirer des candidats potentiels. Respect. Bravo à eux.

Et puis il y a les patrons chouineurs. Les patrons XXème siècle qui pensent, encore et toujours, être les maitres du monde (de leur ville, de leur quartier, de leur rue ou même juste de leur business…) et qui passent leur temps à déplorer le manque de motivation des salariés d’aujourd’hui, qui se plaignent des « jeunes générations qui ne veulent pas bosser ».

C’est à ces patrons chouineurs que s’adresse ce petit article.

Voici quelques pistes à creuser (des évidences, des « lieux communs » mêmes, mais que certains ne semblent toujours pas avoir intégrés).

 

Le respect strict du droit du travail, paiement de l’intégralité des heures de travail réellement réalisées.

 

Ça peut paraitre évident. Mais pour certains patrons, cela semble être une option. Une entreprise, même dans la restauration, doit respecter le droit du travail et doit notamment payer à ses salariés les heures réellement effectuées, y compris, évidemment, les heures supplémentaires.

Extrait d’une discussion que j’ai eu, il y a quelques jours, avec un restaurateur au moment de régler mon addition en sortant du restaurant (où j’avais d’ailleurs fort bien diner). Nous évoquions ses difficultés de recrutement et je l’interrogeais sur les conditions de travail qu’ils proposaient à ses candidats potentiels.

  • « Impossible de donner des horaires précises à un candidat, l’heure de fermeture du restaurant peut être variable en fonction de la clientèle ».
  • « OK, mais si votre salarié fait 1 ou 2 heures de plus que prévu dans la semaine, est-il payé en heures supplémentaires, ou rattrape-t-il ces heures ? »
  • « Mais non voyons c’est impossible ! Est-ce que je compte mes heures, moi ?»

Toi, mon ami, tu es le patron de ce restaurant. Tu fais ce que tu veux avec tes heures. Mais en ce qui concerne tes salariés, il y a un contrat de travail qui précise le nombre d’heures hebdomadaires et le salaire.  Si tu ne respectes pas cela (à la minute près), personnellement, je suis ravi que tu n’arrives pas à recruter. Ne pas payer à ses salariés les heures réellement réalisées, c’est du vol, ni plus, ni moins. Demander à un salarié d’effectuer deux heures qui ne sont pas payés, ça revient exactement au même que d’aller lui piquer 20 ou 30 € dans son portefeuille quand il a le dos tourner. C’est tout aussi inacceptable qu’un salarié qui piquerait de l’argent dans la caisse.

Tu es patron et il te semble impossible de respecter toutes ces « contraintes légales » au sein de ton entreprise ? Ben dans ce cas, voici 3 idées :

  • Baisse ton salaire
  • et/ ou augmente tes prix
  • et / ou ferme ta boutique et cherche un autre boulot.

J’ai souvent connu ça dans ma vie professionnelle et pas forcément dans la restauration (j’ai travaillé dans le secteur de l’imprimerie ou de l’agroalimentaire, dans des « grosses PME » de quelques centaines de personnes). J’ai souvent vu des salariés non cadres, censés réaliser 35 heures par semaine, être contraints de travailler 40 ou 45 heures sans jamais pouvoir se faire payer ces heures supplémentaires ou pouvoir les récupérer. Bien sûr, le salarié peut aller aux Prud’homme et s’il dispose de suffisamment d’éléments factuels démontrant que l’entreprise n’a pas payé toutes les heures réalisées, il gagnera et ses heures seront probablement réglées. Mais il perdra son job. Pas toujours facile en fonction de sa situation.

Une entreprise qui refuse d’appliquer le droit du travail, qui demande à des salariés de travailler plus d’heures que prévu sans compensation, ne mérite tout simplement pas de recruter, ni même de conserver ses salariés. Elle mérite juste de mettre la clé sous la porte.

 

Le salaire.

 

On parle de marché du travail. Ce n’est pas un hasard. Comme sur tous marchés, il y a une offre et une demande. Vous manquez de salariés ? La solution est simple. Il faut augmenter les salaires. De combien ? De ce qui est nécessaire pour pouvoir attirer des candidats.

Vous n’arrivez pas à recruter au smic. Ben… proposer 20 % ou 50 % ou 100 % de plus si besoin. C’est le principe même d’un marché. Votre business n’est plus rentable si vous payez vos salariés à ces niveaux-là ? Ben, c’est juste que votre business model n’est plus valable. Revoyez votre business model ou changez de métier.

 

Gentillesse, respect, bienveillance, humour…

 

Il y a le respect des contrats, le salaire mais il y aussi tout ce qui dépasse le cadre strictement légal. Je ne vais pas m’engager dans la voix du conseil managériale à deux balles. Mais si, dans vos cuisines (ou dans vos usines, vos bureaux, vos chantiers…), l’ambiance est pourrie, que vous passez votre temps à gueuler contre vos salariés, qu’ils viennent au boulot la boule au ventre… vous ne les garderez pas. Et vous aurez du mal à embaucher. C’est normal.

Respect du droit du travail, paiement de l’intégralité des heures réellement effectuer, niveau de rémunération convenable, bienveillance… Tout cela parait être une évidence. J’ai travaillé pour des entreprises qui mettaient parfaitement en œuvre tout cela. Mais tous ceux d’entre vous qui ont travaillé dans plusieurs entreprises savent parfaitement que cela ne se passe pas toujours comme ça… Dans ces cas-là, lorsque l’entreprise ne respecte pas à la lettre le droit du travail, je trouve normal et sain qu’elle n’arrive pas à recruter. Et même, je m’en réjouis.

 

 

Pour aller plus loin :

https://www.lefigaro.fr/decideurs/vie-bureau/plus-d-un-salarie-sur-deux-declare-faire-des-heures-sup-non-payees-20190411

https://code.travail.gouv.fr/fiche-service-public/heures-supplementaires-dun-salarie-du-secteur-prive