Salaire PDG CAC 40 : le classement des dirigeants les mieux payés

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Dans l’arène feutrée des conseils d’administration, les chiffres donnent le vertige. En 2024, les patrons du CAC 40 ont perçu en moyenne 6,5 millions d’euros de rémunération totale, selon le rapport annuel de Proxinvest publié en novembre 2025. Une somme colossale qui, paradoxalement, affiche une baisse de 9 % par rapport à l’exercice précédent. Mais que l’on ne s’y trompe pas : cette apparente modération masque une réalité plus contrastée. La médiane, elle, atteint un niveau record de 5,6 millions d’euros, en hausse de 5 %.

Au sommet de cette pyramide dorée trône Francesco Milleri, président d’EssilorLuxottica, avec un package vertigineux de 23,1 millions d’euros. Derrière lui, une poignée de dirigeants franchissent allègrement la barre des 10 millions, tandis que les écarts avec les salariés atteignent des proportions qui interrogent. Certains PDG gagnent en quelques jours ce qu’un salarié au SMIC perçoit en une année entière.

Classement complet, composition des packages, ratios d’équité, controverses et perspectives : plongée au cœur des rémunérations qui font débat dans la France des grandes entreprises.

Chiffres clés 2024
  • 6,5 millions d’euros : rémunération moyenne des PDG du CAC 40
  • 5,6 millions d’euros : rémunération médiane (record historique)
  • -9 % : évolution de la moyenne vs 2023
  • +5 % : évolution de la médiane vs 2023
  • 23,1 millions d’euros : rémunération du PDG le mieux payé (Francesco Milleri)
  • 1:1453 : ratio d’équité le plus élevé (Teleperformance)

Salaire PDG CAC 40 : les chiffres clés à retenir

Avant de plonger dans le classement détaillé des dirigeants les mieux rémunérés, posons les bases chiffrées de cette radiographie des rémunérations patronales. L’année 2024 marque un tournant singulier dans l’histoire des salaires des grands patrons français, avec des indicateurs qui évoluent en sens contraire.

Rémunération moyenne et médiane des dirigeants du CAC 40

Selon les données compilées par le cabinet Proxinvest, spécialiste de l’analyse de la gouvernance des entreprises cotées, la rémunération moyenne des PDG du CAC 40 s’établit à 6,5 millions d’euros pour l’exercice 2024. Ce montant englobe l’ensemble des composantes du package : salaire fixe, bonus annuel, actions de performance valorisées et autres avantages.

La médiane, indicateur souvent plus révélateur car moins sensible aux valeurs extrêmes, atteint quant à elle 5,6 millions d’euros. Ce chiffre signifie que la moitié des dirigeants du CAC 40 perçoivent plus de 5,6 millions d’euros annuels, tandis que l’autre moitié se situe en dessous de ce seuil. Cette médiane constitue un record historique, témoignant d’une tendance haussière sur le long terme pour la majorité des mandataires sociaux.

Évolution 2024 vs 2023 : une baisse en trompe-l’œil

Le paradoxe saute aux yeux : comment expliquer que la moyenne baisse de 9 % tandis que la médiane progresse de 5 % ? La réponse tient en un nom : Bernard Charlès. L’ancien directeur général de Dassault Systèmes, qui avait perçu près de 33 millions d’euros en 2023 grâce à d’exceptionnelles attributions d’actions, a quitté ses fonctions opérationnelles. Son départ fait mécaniquement chuter la moyenne, gonflée l’année précédente par ce package hors norme.

En réalité, la tendance de fond reste à la hausse pour la majorité des dirigeants. La part fixe de la rémunération a progressé de 3 % en moyenne, tandis que les attributions d’actions de performance continuent leur ascension, représentant désormais près de la moitié du package total. Cette évolution traduit une volonté affichée d’aligner les intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires, même si les critiques pointent des critères de performance parfois trop facilement atteignables.

Indicateur 2023 2024 Évolution
Rémunération moyenne 7,1 M€ 6,5 M€ -9 %
Rémunération médiane 5,3 M€ 5,6 M€ +5 %
Part fixe moyenne 1,2 M€ 1,3 M€ +3 %
Part variable moyenne 1,8 M€ 1,8 M€ stable
Actions de performance (moyenne) 3,0 M€ 3,1 M€ +3 %

Note méthodologique : Les rémunérations présentées correspondent aux « rémunérations attribuées » au titre de l’exercice 2024, et non aux « rémunérations versées ». Les actions de performance sont valorisées à leur date d’attribution selon la méthode IFRS 2, leur valeur réelle dépendra du cours de bourse au moment de leur acquisition définitive.

Le classement des PDG du CAC 40 les mieux payés

Qui sont les dirigeants qui culminent au sommet de l’échelle des rémunérations ? Le palmarès 2024 réserve quelques surprises, avec des mouvements significatifs par rapport à l’année précédente. Voici le portrait détaillé des patrons les mieux payés de la place parisienne.

Francesco Milleri (EssilorLuxottica) : 23,1 millions d’euros

Le président-directeur général d’EssilorLuxottica s’installe confortablement sur la première marche du podium avec une rémunération totale de 23,1 millions d’euros. Francesco Milleri, à la tête du géant franco-italien de l’optique né de la fusion entre Essilor et Luxottica, voit son package plus que doubler par rapport à l’exercice précédent.

Cette progression spectaculaire s’explique principalement par l’acquisition définitive d’actions de performance attribuées lors des années antérieures. Le groupe, qui possède des marques emblématiques comme Ray-Ban et Oakley ainsi que les verres Varilux, affiche une capitalisation boursière dépassant les 100 milliards d’euros, ce qui relativise aux yeux du conseil d’administration ce niveau de rémunération.

La composition de son package illustre la tendance générale : une part fixe d’environ 2 millions d’euros, un bonus annuel lié à des objectifs de croissance et de rentabilité, et surtout des attributions d’actions représentant la majorité de sa rémunération. En 2024, Proxinvest a émis un avis négatif sur cette rémunération, la jugeant excessive au regard de ses propres critères.

Cyrille Bolloré (Bolloré SE) : 15,7 millions d’euros

Le fils de Vincent Bolloré occupe la deuxième place du classement avec une rémunération de 15,7 millions d’euros. Président-directeur général du groupe Bolloré depuis 2024, Cyrille Bolloré a bénéficié d’une prime exceptionnelle de fidélité de 10 millions d’euros, versée à l’occasion de la passation de pouvoir avec son père.

Cette prime de fidélité, destinée à « sécuriser » la transition générationnelle à la tête du conglomérat breton, a fait grincer des dents parmi les observateurs de la gouvernance. Le cabinet Proxinvest a qualifié cette pratique d’« inhabituelle » et recommandé aux actionnaires de voter contre la résolution correspondante lors de l’assemblée générale. Malgré ces réserves, la rémunération a été approuvée par la majorité des actionnaires, la famille Bolloré contrôlant une part significative du capital.

Pascal Daloz (Dassault Systèmes) : 15,5 millions d’euros

Successeur de Bernard Charlès à la direction générale de Dassault Systèmes, Pascal Daloz complète le podium avec un package de 15,5 millions d’euros. Ce montant, bien qu’impressionnant pour un dirigeant nouvellement nommé à ce poste, reste très inférieur aux 33 millions perçus par son prédécesseur l’année précédente.

La rémunération du patron du spécialiste des logiciels de conception 3D se compose d’un fixe d’environ 1,2 million d’euros, d’un bonus annuel pouvant atteindre 200 % du fixe, et d’attributions d’actions de performance conditionnées à des critères financiers et extra-financiers. Dassault Systèmes se distingue d’ailleurs par la place accordée aux critères ESG dans la détermination de la part variable, avec environ 20 % du bonus indexé sur des objectifs environnementaux et sociaux.

Luca de Meo (Renault) : 12,86 millions d’euros

Le directeur général de Renault Group perçoit une rémunération totale de 12,86 millions d’euros pour l’exercice 2024. L’ancien patron de Seat, recruté en 2020 pour redresser le constructeur automobile français, voit ses efforts récompensés par un package en hausse significative.

Sous sa direction, Renault a renoué avec les bénéfices et engagé une transformation profonde vers l’électrification. Le groupe a notamment lancé la nouvelle R5 électrique et restructuré ses activités déficitaires. Ces résultats tangibles justifient, aux yeux du conseil d’administration présidé par Jean-Dominique Senard, ce niveau de rémunération. La part variable de Luca de Meo dépend notamment de la marge opérationnelle du groupe, du free cash-flow et d’indicateurs liés à la transition énergétique.

Patrick Pouyanné (TotalEnergies) : 10,6 millions d’euros

Le président-directeur général de TotalEnergies, major pétrolière et gazière française, perçoit 10,6 millions d’euros de rémunération totale. Patrick Pouyanné, à la tête du groupe depuis 2014, reste l’un des dirigeants emblématiques du CAC 40, régulièrement présent dans le haut du classement des rémunérations.

Sa rémunération fait l’objet de vifs débats chaque année lors de l’assemblée générale. Les associations environnementales et certains actionnaires minoritaires contestent le niveau de son package au regard de l’impact climatique des activités du groupe. En 2024, le vote « Say on Pay » a néanmoins recueilli une large majorité favorable, les actionnaires institutionnels estimant que TotalEnergies surperforme ses concurrents en matière de transition énergétique.

Les autres dirigeants du top 20

Au-delà du top 5, plusieurs dirigeants complètent ce palmarès des rémunérations les plus élevées du CAC 40 :

  • Gilles Gobin (Rubis) : 10,1 M€ – Le gérant commandité du spécialiste de la distribution de produits pétroliers bénéficie d’une rémunération indexée sur les résultats. (Note : Rubis a quitté le CAC 40 en 2020, mais figure dans les études Proxinvest sur les grandes capitalisations françaises.)
  • Nicolas Hieronimus (L’Oréal) : ~10 M€ – Le directeur général du numéro un mondial des cosmétiques poursuit la croissance rentable du groupe.
  • Bernard Arnault (LVMH) : ~9 M€ – Le patron du leader du luxe perçoit un salaire modeste au regard de la taille du groupe, mais détient surtout des participations colossales au capital.
  • Paul Hudson (Sanofi) : ~8,5 M€ – Le directeur général du laboratoire pharmaceutique bénéficie d’un package aligné sur les standards de l’industrie mondiale.
  • Axel Dumas (Hermès) : ~7,3 M€ – Le gérant de la maison de luxe familiale maintient une rémunération relativement contenue.
  • Guillaume Faury (Airbus) : ~7 M€ – Le CEO du constructeur aéronautique européen voit sa rémunération progresser avec les performances du groupe.
  • Aiman Ezzat (Capgemini) : ~6,1 M€ – Le directeur général du groupe de conseil en technologies digitales.
  • Slawomir Krupa (Société Générale) : ~5 M€ – Le nouveau directeur général de la banque rouge et noir.
  • Catherine MacGregor (Engie) : ~4,5 M€ – La directrice générale de l’énergéticien, l’une des rares femmes à la tête d’un groupe du CAC 40.
  • Jean-Laurent Bonnafé (BNP Paribas) : 4,24 M€ – Le directeur général de la première banque européenne.

Rang Dirigeant Entreprise Fonction Rémunération 2024
1 Francesco Milleri EssilorLuxottica PDG 23,1 M€
2 Cyrille Bolloré Bolloré SE PDG 15,7 M€
3 Pascal Daloz Dassault Systèmes DG 15,5 M€
4 Luca de Meo Renault DG 12,86 M€
5 Patrick Pouyanné TotalEnergies PDG 10,6 M€
6 Gilles Gobin Rubis Gérant 10,1 M€
7 Nicolas Hieronimus L’Oréal DG ~10 M€
8 Bernard Arnault LVMH PDG ~9 M€
9 Paul Hudson Sanofi DG ~8,5 M€
10 Axel Dumas Hermès Gérant ~7,3 M€
11 Guillaume Faury Airbus CEO ~7 M€
12 Aiman Ezzat Capgemini DG ~6,1 M€
13 Slawomir Krupa Société Générale DG ~5 M€
14 Catherine MacGregor Engie DG ~4,5 M€
15 Jean-Laurent Bonnafé BNP Paribas DG 4,24 M€
16 Antoine Frérot Veolia Président ~4 M€
17 Alexandre Bompard Carrefour PDG 3,37 M€
18 Christel Heydemann Orange DG ~2,7 M€
19 Philippe Brassac Crédit Agricole SA DG ~2,6 M€
20 Benoît Coquart Legrand DG ~2,5 M€

Sources : Proxinvest (novembre 2025), documents d’enregistrement universel des entreprises. Les montants précédés de « ~ » sont des estimations basées sur les données disponibles. PDG = Président-Directeur Général, DG = Directeur Général.

Comment se compose le salaire d’un PDG du CAC 40 ?

Derrière les montants globaux se cache une architecture complexe de rémunération. Comprendre la composition du package d’un dirigeant de grande entreprise permet de saisir les mécanismes d’incitation mis en place par les conseils d’administration et les enjeux de gouvernance qui en découlent.

La rémunération fixe : environ 20 % du package

La partie fixe du salaire d’un patron du CAC 40 représente en moyenne 20 % de sa rémunération totale, soit environ 1,3 million d’euros annuels. Ce socle garanti, versé mensuellement, constitue la base incompressible du package. Il est déterminé par le conseil d’administration sur recommandation du comité des rémunérations, en tenant compte de la taille de l’entreprise, de son secteur d’activité et des pratiques du marché.

Cette part fixe a tendance à progresser lentement mais régulièrement, avec une hausse moyenne de 3 % en 2024. Elle sert de référence pour le calcul des autres composantes, notamment le bonus annuel souvent exprimé en pourcentage du fixe.

La rémunération variable (bonus annuel) : environ 28 % du package

Le bonus annuel, ou rémunération variable court terme, pèse en moyenne 28 % du package total d’un dirigeant du CAC 40. Ce montant, qui oscille généralement entre 1,5 et 2,5 millions d’euros, dépend de l’atteinte d’objectifs fixés en début d’exercice par le conseil d’administration.

Ces objectifs se déclinent en plusieurs catégories. Les critères financiers dominent encore largement : croissance du chiffre d’affaires, résultat opérationnel, bénéfice net, génération de cash-flow. Des critères stratégiques complètent souvent le dispositif : réussite d’une acquisition, lancement d’un nouveau produit, transformation digitale. Enfin, les critères extra-financiers (ESG) prennent une place croissante, même si leur poids reste minoritaire.

Le bonus peut atteindre jusqu’à 200 % du salaire fixe en cas de surperformance, mais peut également être réduit à zéro si les objectifs ne sont pas atteints. Dans la pratique, les dirigeants du CAC 40 perçoivent généralement entre 80 % et 150 % de leur bonus cible.

Les actions de performance : environ 48 % du package

La composante reine de la rémunération des grands patrons réside dans les actions de performance, qui représentent près de la moitié du package total (48 % en moyenne). Ces attributions d’actions gratuites, valorisées à plusieurs millions d’euros, constituent le principal levier d’alignement des intérêts du dirigeant avec ceux des actionnaires.

Le mécanisme fonctionne ainsi : le conseil d’administration attribue chaque année un certain nombre d’actions au dirigeant, mais celui-ci ne les acquiert définitivement qu’au terme d’une période de plusieurs années (généralement trois à quatre ans) et sous réserve d’atteindre des conditions de performance. Ces conditions portent typiquement sur le Total Shareholder Return (TSR), c’est-à-dire la performance boursière comparée à un indice ou à des pairs, ainsi que sur des critères financiers internes.

La valorisation de ces actions au moment de leur attribution reste théorique : la valeur réellement perçue par le dirigeant dépendra du cours de bourse au moment de l’acquisition définitive. C’est pourquoi certains packages peuvent varier considérablement d’une année sur l’autre.

Les autres avantages : jetons de présence, indemnités, avantages en nature

Au-delà des trois piliers principaux, le package d’un PDG du CAC 40 comprend généralement divers avantages complémentaires qui représentent moins de 5 % de la rémunération totale :

  • Jetons de présence : versés aux administrateurs pour leur participation aux conseils et comités, ils concernent les PDG cumulant un mandat d’administrateur.
  • Avantages en nature : voiture de fonction, logement, protection sociale complémentaire, assurance chômage des mandataires sociaux (garantie sociale des chefs d’entreprise).
  • Régimes de retraite supplémentaire : certains dirigeants bénéficient de régimes de retraite « chapeau » leur garantissant un complément de pension, bien que ces dispositifs tendent à se raréfier sous la pression des actionnaires.
  • Indemnités de départ : les fameux « golden parachutes », plafonnés par le code AFEP-MEDEF à deux ans de rémunération, restent prévus dans la plupart des contrats de mandataires sociaux.

Composition moyenne du package d’un PDG du CAC 40

48%
Actions de performance
28%
Bonus annuel
20%
Salaire fixe
<5%
Autres avantages

Salaire PDG CAC 40 vs salaire des employés : des écarts vertigineux

L’une des dimensions les plus commentées des rémunérations patronales concerne l’écart avec les salariés. Les ratios d’équité, désormais publiés obligatoirement par les entreprises cotées, révèlent des disparités qui alimentent le débat public sur la justice sociale au sein des grandes entreprises.

Les ratios d’équité les plus élevés du CAC 40

Le ratio d’équité mesure l’écart entre la rémunération du dirigeant et le salaire moyen ou médian des collaborateurs de l’entreprise. En tête de ce classement peu enviable figure Teleperformance, avec un ratio de 1:1453. Autrement dit, le dirigeant du spécialiste des centres d’appels perçoit en un an l’équivalent de ce qu’un salarié moyen gagne en… 1453 années de travail.

Ce ratio extrême s’explique par la structure de l’entreprise : Teleperformance emploie des centaines de milliers de collaborateurs dans des pays où les salaires sont très bas (Philippines, Inde, pays d’Amérique latine), ce qui tire mécaniquement vers le bas le salaire moyen du groupe. Le contraste avec la rémunération du dirigeant, alignée sur les standards internationaux des grandes multinationales, produit cet écart spectaculaire.

D’autres entreprises affichent des ratios très élevés. Carrefour présente un ratio d’environ 1:426, lié également à une main-d’œuvre nombreuse et peu qualifiée dans la grande distribution. EssilorLuxottica atteint un ratio de 1:239, reflet de la rémunération exceptionnelle de Francesco Milleri.

Combien d’années de SMIC représente le salaire d’un PDG ?

Pour mesurer concrètement ces écarts, la comparaison avec le SMIC offre un repère parlant. En 2024, le SMIC annuel brut s’établit à environ 21 200 euros. Rapportée à ce montant, la rémunération moyenne des PDG du CAC 40 (6,5 millions d’euros) équivaut à 307 années de SMIC.

Pour les dirigeants les mieux payés, le multiple devient vertigineux. Les 23,1 millions d’euros de Francesco Milleri représentent l’équivalent de 1090 années de SMIC. Dit autrement, le PDG d’EssilorLuxottica gagne en un mois ce qu’un salarié au salaire minimum perçoit en 91 ans.

Ces comparaisons, régulièrement mises en avant par les syndicats et les associations citoyennes, nourrissent le sentiment d’injustice sociale et alimentent les demandes de plafonnement des rémunérations patronales ou d’instauration d’un « salaire maximum ».

Les entreprises aux écarts les plus modérés

À l’inverse, certaines entreprises du CAC 40 présentent des ratios d’équité plus contenus. Les groupes industriels ou technologiques, employant une main-d’œuvre qualifiée et mieux rémunérée, affichent logiquement des écarts moins spectaculaires.

Renault présente un ratio d’environ 1:106, reflet d’une politique salariale relativement homogène au sein du groupe automobile. Orange, héritier de l’ancienne administration des télécoms, maintient également des écarts modérés grâce à des grilles salariales encadrées. Les banques et assurances, avec des collaborateurs généralement bien rémunérés, affichent des ratios inférieurs à 1:100.

Entreprise Ratio d’équité Commentaire
Teleperformance 1:1453 Main-d’œuvre mondiale peu qualifiée
Carrefour 1:426 Grande distribution, emplois peu qualifiés
EssilorLuxottica 1:239 Package PDG exceptionnel en 2024
LVMH 1:180 Écart modéré malgré la taille du groupe
Renault 1:106 Industrie automobile, salaires homogènes
Orange 1:85 Héritage service public, grilles encadrées

Rémunération des patrons du CAC 40 : les controverses

Chaque printemps, la saison des assemblées générales réveille les débats sur les rémunérations des dirigeants. L’année 2024 n’a pas fait exception, avec plusieurs dossiers particulièrement médiatisés qui ont cristallisé les critiques.

Carlos Tavares (Stellantis) : une démission controversée

Le cas le plus retentissant concerne Carlos Tavares, l’ancien directeur général de Stellantis. Après avoir annoncé sa démission le 1er décembre 2024 dans un contexte de tensions avec le conseil d’administration, le dirigeant franco-portugais devrait percevoir une rémunération totale substantielle pour son dernier exercice, auxquels s’ajoutent des indemnités de départ.

Cette situation a provoqué l’indignation des syndicats italiens et français, alors que Stellantis traverse une période difficile avec des ventes en baisse et des annonces de suppressions de postes. La question de la légitimité d’un tel package pour un dirigeant partant dans des circonstances controversées a relancé le débat sur l’encadrement des « golden parachutes ».

Cyrille Bolloré : une prime de fidélité de 10 millions d’euros

Comme évoqué précédemment, la prime de fidélité de 10 millions d’euros accordée à Cyrille Bolloré lors de sa prise de fonction à la tête du groupe familial a suscité de vives réactions. Le cabinet Proxinvest a dénoncé une pratique « sans précédent » dans la gouvernance des entreprises françaises.

Cette prime, justifiée par le groupe comme un dispositif de « rétention » destiné à sécuriser la succession familiale, pose la question des conflits d’intérêts au sein des entreprises contrôlées par un actionnaire de référence. Lorsque la famille fondatrice détient la majorité des droits de vote, le mécanisme du « Say on Pay » perd une partie de son efficacité.

Le plafond de « rémunération socialement acceptable » selon Proxinvest

Face à ces controverses récurrentes, le cabinet Proxinvest a réaffirmé sa recommandation d’un plafond de rémunération « socialement acceptable » fixé à 5,7 millions d’euros pour 2024. Au-delà de ce seuil, Proxinvest recommande systématiquement aux actionnaires de voter contre la résolution sur la rémunération du dirigeant.

Ce plafond, calculé comme un multiple du salaire moyen français, vise à maintenir un lien entre la rémunération des dirigeants et la réalité économique du pays. En 2024, 16 PDG du CAC 40 dépassent ce seuil, soit une proportion stable par rapport aux années précédentes. L’influence de Proxinvest reste toutefois limitée : les votes négatifs qu’il recommande recueillent rarement plus de 20 à 30 % des voix lors des assemblées générales.

Salaire PDG CAC 40 : les arguments du débat

La question des rémunérations patronales dépasse le simple constat chiffré pour toucher à des enjeux de société fondamentaux. Partisans et détracteurs des hautes rémunérations avancent des arguments qu’il convient d’examiner avec équité.

Les arguments en faveur des hautes rémunérations

Les défenseurs des packages élevés mettent en avant plusieurs justifications. D’abord, la responsabilité exceptionnelle des dirigeants de grandes entreprises : un PDG du CAC 40 supervise des milliers de collaborateurs, gère des milliards d’euros d’actifs et prend des décisions qui affectent des millions de parties prenantes. Cette charge justifierait une rémunération à la hauteur des enjeux.

Ensuite, la concurrence internationale pour attirer les meilleurs talents. Les entreprises françaises rivalisent avec leurs homologues américaines ou britanniques pour recruter des dirigeants de premier plan. Or, les rémunérations pratiquées dans les pays anglo-saxons dépassent souvent celles du CAC 40 : un CEO du S&P 500 perçoit en moyenne deux à trois fois plus qu’un patron français.

Enfin, l’alignement avec la création de valeur. La part prépondérante des actions de performance dans les packages vise précisément à lier la rémunération du dirigeant aux résultats de l’entreprise. Lorsque le cours de bourse monte, actionnaires et dirigeants en bénéficient conjointement. Cette logique d’intéressement constitue, pour ses partisans, un mécanisme vertueux.

Les arguments contre les rémunérations excessives

Les critiques des hautes rémunérations soulèvent des objections tout aussi légitimes. La première concerne la déconnexion avec la performance réelle. De nombreuses études montrent que la corrélation entre rémunération du dirigeant et performance de l’entreprise reste faible. Des PDG grassement payés ont présidé à des désastres industriels, tandis que d’autres, modestement rémunérés, ont créé une valeur considérable.

Deuxième argument : l’effet délétère sur la cohésion sociale. Des écarts de 1 à 300 ou 1 à 1000 au sein d’une même entreprise minent le sentiment d’appartenance et la motivation des salariés. Comment demander des efforts de modération salariale aux employés quand le dirigeant s’octroie des augmentations spectaculaires ?

Troisième critique : la captation de la valeur au détriment des autres parties prenantes. Chaque euro versé au dirigeant est un euro qui n’est pas investi dans l’entreprise, distribué aux salariés sous forme de participation ou reversé aux actionnaires. Dans cette optique, les hautes rémunérations patronales apparaissent comme un transfert de richesse injustifié.

Comparaison internationale

Les PDG du CAC 40 sont-ils surpayés au regard de leurs homologues étrangers ?

  • S&P 500 (USA) : ~16 M$ en moyenne, soit 2 à 3 fois plus que le CAC 40
  • FTSE 100 (UK) : ~6 M£ en moyenne, comparable au CAC 40
  • DAX 40 (Allemagne) : ~7 M€ en moyenne, supérieur au CAC 40

Place des critères ESG dans le salaire des PDG du CAC 40

L’intégration de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans la rémunération variable des dirigeants constitue l’une des évolutions majeures de ces dernières années. Cette tendance traduit la pression croissante des actionnaires et de la société civile pour que les entreprises assument leurs responsabilités au-delà de la seule performance financière.

Des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance en progression

En 2024, la quasi-totalité des entreprises du CAC 40 intègrent désormais des critères ESG dans la rémunération variable de leurs dirigeants. Ces critères pèsent en moyenne 10 % à 15 % du bonus annuel, une proportion en hausse régulière depuis cinq ans.

Les critères environnementaux portent généralement sur la réduction des émissions de CO2, l’efficacité énergétique ou le développement des énergies renouvelables. Les critères sociaux concernent la diversité (féminisation des instances dirigeantes, handicap), la santé-sécurité au travail ou l’engagement des collaborateurs. Les critères de gouvernance touchent à l’éthique des affaires, la cybersécurité ou la conformité réglementaire.

Certaines entreprises vont plus loin. Dassault Systèmes consacre environ 20 % du bonus de son directeur général à des critères ESG, un niveau parmi les plus élevés du CAC 40. Schneider Electric, régulièrement distingué pour sa politique de développement durable, indexe également une part significative de la rémunération variable sur des indicateurs extra-financiers.

Une part encore marginale face aux critères financiers

Malgré ces progrès, les critères ESG restent largement minoritaires dans la détermination des rémunérations. Les critères financiers (chiffre d’affaires, résultat opérationnel, cours de bourse) représentent encore 70 % à 80 % des objectifs conditionnant le bonus et les actions de performance.

Les critiques pointent plusieurs limites. D’abord, la facilité relative des objectifs ESG : les seuils fixés sont souvent aisément atteignables, ce qui réduit leur caractère incitatif. Ensuite, le manque de standardisation : chaque entreprise définit ses propres indicateurs, rendant les comparaisons difficiles. Enfin, la faible matérialité financière : même si les critères ESG ne sont pas atteints, l’impact sur la rémunération totale reste limité.

Les femmes dirigeantes du CAC 40 : où en est-on ?

La question de la parité à la tête des grandes entreprises françaises reste un sujet de préoccupation. Malgré les progrès réalisés dans les conseils d’administration grâce à la loi Copé-Zimmermann, les directions générales demeurent très majoritairement masculines.

En 2024, seules quatre femmes occupent un poste de directrice générale ou présidente-directrice générale au sein du CAC 40. Parmi elles figurent :

  • Catherine MacGregor (Engie) : ~4,5 M€
  • Christel Heydemann (Orange) : ~2,7 M€
  • Estelle Brachlianoff (Veolia) : directrice générale
  • Hinda Gharbi (Bureau Veritas) : directrice générale

Cette sous-représentation se reflète dans le classement des rémunérations : aucune femme ne figure dans le top 20 des dirigeants les mieux payés du CAC 40. Catherine MacGregor, avec environ 4,5 millions d’euros, est la femme la mieux rémunérée, mais ce montant la place seulement en 14e position du classement général.

Les causes de cette situation sont multiples : viviers de candidates encore restreints dans certains secteurs, biais inconscients dans les processus de nomination, moindre propension des femmes à négocier leurs rémunérations. Les progrès, bien que réels, restent lents : à ce rythme, la parité à la tête des grandes entreprises ne sera pas atteinte avant plusieurs décennies.

Évolution historique du salaire des PDG du CAC 40

Pour comprendre la situation actuelle, un regard rétrospectif s’impose. L’évolution des rémunérations patronales sur les dernières décennies révèle une tendance lourde à la hausse, bien supérieure à celle des salaires moyens.

Une progression de +90 % en 10 ans pour les PDG

Entre 2011 et 2021, la rémunération moyenne des dirigeants du CAC 40 a progressé d’environ 90 %, selon les données compilées par Proxinvest et l’institut des politiques publiques. Dans le même temps, les salaires des employés des mêmes entreprises n’ont augmenté que de 23 % en moyenne.

Cette divergence s’explique par plusieurs facteurs. La montée en puissance des actions de performance, indexées sur le cours de bourse, a mécaniquement gonflé les packages dans un contexte de marchés financiers haussiers. L’internationalisation des pratiques de gouvernance a également tiré les rémunérations vers le haut, les conseils d’administration français s’alignant progressivement sur les standards anglo-saxons.

La parenthèse du Covid-19, en 2020, a temporairement inversé la tendance : de nombreux dirigeants ont renoncé à une partie de leur rémunération variable, et les attributions d’actions ont perdu de leur valeur avec la chute des marchés. Mais dès 2021, la reprise économique a relancé la spirale haussière.

L’écart avec le SMIC multiplié par quatre en 40 ans

La perspective historique longue accentue encore le constat. En 1979, le ratio entre la rémunération d’un grand patron et le SMIC s’établissait autour de 1:40. En 2024, ce ratio dépasse 1:150 en moyenne, et atteint des niveaux stratosphériques pour les dirigeants les mieux payés.

Cette évolution reflète une transformation profonde du capitalisme. La financiarisation de l’économie, la mondialisation des marchés de dirigeants et l’affaiblissement des contre-pouvoirs syndicaux ont contribué à cette dérive. Les mécanismes de régulation, comme le « Say on Pay » instauré en France en 2013, n’ont pas suffi à enrayer la tendance, les actionnaires institutionnels approuvant généralement les propositions de rémunération des conseils d’administration.

À retenir
  • 6,5 millions d’euros : c’est la rémunération moyenne des PDG du CAC 40 en 2024, en baisse de 9 % mais avec une médiane record de 5,6 M€.
  • Francesco Milleri (EssilorLuxottica) domine le classement avec 23,1 M€, suivi de Cyrille Bolloré (15,7 M€) et Pascal Daloz (15,5 M€).
  • 48 % du package provient des actions de performance, contre 28 % de bonus annuel et 20 % de fixe.
  • Aucune femme dans le top 20 : sur 4 dirigeantes du CAC 40, la mieux rémunérée est Catherine MacGregor (Engie) avec ~4,5 M€.

Questions fréquentes

Quel est le salaire moyen d’un PDG du CAC 40 ?

En 2024, la rémunération moyenne des PDG du CAC 40 s’établit à 6,5 millions d’euros annuels, selon les données du cabinet Proxinvest. Ce montant comprend le salaire fixe, le bonus annuel, les actions de performance valorisées et les autres avantages. La médiane, moins sensible aux valeurs extrêmes, atteint 5,6 millions d’euros, un niveau record historique.

Qui est le patron le mieux payé du CAC 40 ?

En 2024, c’est Francesco Milleri, président-directeur général d’EssilorLuxottica, qui occupe la première place du classement avec une rémunération totale de 23,1 millions d’euros. Il devance Cyrille Bolloré (Bolloré SE, 15,7 M€) et Pascal Daloz (Dassault Systèmes, 15,5 M€).

Comment se compose la rémunération d’un PDG ?

La rémunération d’un PDG du CAC 40 se compose typiquement de quatre éléments : le salaire fixe (environ 20 % du package), le bonus annuel lié à des objectifs de performance (environ 28 %), les actions de performance acquises sous conditions (environ 48 %), et divers avantages (jetons de présence, retraite supplémentaire, avantages en nature) représentant moins de 5 % du total.

Combien de fois le SMIC gagne un PDG du CAC 40 ?

En moyenne, un PDG du CAC 40 perçoit l’équivalent de 307 années de SMIC. Pour les dirigeants les mieux rémunérés, ce multiple peut dépasser 1000. Francesco Milleri (EssilorLuxottica) gagne ainsi l’équivalent de 1090 années de SMIC, soit environ 91 années de salaire minimum par mois travaillé.

Quelle est la part des critères ESG dans le salaire des PDG ?

Les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) représentent en moyenne 10 % à 15 % du bonus annuel des dirigeants du CAC 40. Certaines entreprises comme Dassault Systèmes consacrent jusqu’à 20 % du bonus à des critères extra-financiers. Cette part reste toutefois minoritaire face aux critères financiers traditionnels.

Y a-t-il des femmes parmi les PDG les mieux payés du CAC 40 ?

Non, aucune femme ne figure dans le top 20 des rémunérations du CAC 40 en 2024. Quatre femmes dirigent une entreprise de l’indice : Catherine MacGregor (Engie), Christel Heydemann (Orange), Estelle Brachlianoff (Veolia) et Hinda Gharbi (Bureau Veritas). Catherine MacGregor, avec environ 4,5 millions d’euros, est la dirigeante la mieux rémunérée.

Sources : Proxinvest (Rapport annuel sur les rémunérations des dirigeants du CAC 40, novembre 2025), Documents d’enregistrement universel des entreprises citées, Code AFEP-MEDEF de gouvernance.

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